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La baie des Anges, 14 juillet 2016.

14 juillet 2016, ce matin je me lève heureuse d’aller au MAMAC de Nice. J’adore ce musée, nous y sommes allés il y a 9 ans, juste après notre mariage, nous avions passé 1 semaine sur la côte d’azur et une semaine à Marrakech. C’est dans ce musée que j’ai eu un coup de cœur pour Niki Saint Phalle. Je suis donc heureuse ce matin du 14 juillet d’aller revoir ce musée. Nous découvrons l’œuvre de Ernest Pignon Ernest, je suis fascinée par son œuvre, j’ai mal aux jambes, Nous avons tellement marché la veille. Je redécouvre enfin l’œuvre de Niki mais il y a aussi celles de Ben. Nous passons des heures formidables puis nous décidons de manger en bas de chez Hamidine, il y a un restaurant typique avec les spécialités de Nice. C’est gras mais c’est bon. Je commence à avoir mal au ventre, mes règles arrivent normalement. Je ne me sens pas très bien. J’ai envie de partir, si nous n’avions pas cette soirée prévue avec Hamidine, je partirai. On décide de faire une petite sieste, le soir nous avons convenu de diner avec Hamidine, c’est son jour de congé, le seul moment tranquille que l’on peut passer avec lui. On dort, ça fait du bien et on se prépare pour la soirée. Il nous donne rendez-vous dans un restaurant italien près de la promenade des Anglais. Il est réputé pour la qualité de ses plats. Nous mangeons, nous passons un excellent moment. Nous faisons des projets pour l’année prochaine, ce serait tellement bien de revenir avec les enfants l’été prochain. En 2017, cela fera 20 ans que nous nous connaissons avec Hamidine, alors on voulait se retrouver avec ma sœur et Geoling qui dansaient également, pour fêter cela. C’est une bonne idée, je suis enthousiaste. On évoque des choses plus intimes avec Hamidine, On parle de nos vies. On sort du restaurant, le ciel est tout noir, le temps est très étrange après des journées de ciel bleu. Le ciel est sombre et semble plein de larmes, il y a des traces qui coulent dans le ciel. Le temps est vraiment étrange, on se fait la remarque en marchant tranquillement sur la promenade des Anglais. Il y a du monde, beaucoup de monde, on se balade tranquillement. On a un peu zappé le 14 juillet, Hamidine nous dit que le feu d’artifice va bientôt commencer et qu’il n’a pas eu l’occasion d’y assister depuis des années. Je n’aime pas la foule, je n’aime pas les grands rassemblements mais on est tranquille, on sort du restaurant. Le feu d’artifice commence, il est très beau, il y a du bleu blanc rouge mais je me sens mal, mes règles arrivent je pense. Je me sens tellement mal, je m’accroche à Denis, je veux m’écarter de la foule. Le feu d’artifice s’achève, il est grandiose, la foule se déplace, Hamidine propose de continuer sur la promenade pour voir les différents concerts, plus loin il y a un concert de salsa. Je me sens mal, je demande à Denis d’aller boire un thé, de quitter cette foule. Il en parle à Hamidine et il nous propose d’aller boire un verre au Palais de la Méditerranée. On arrive dans le restaurant, tout est complet, Hamidine connaît le serveur alors il nous trouve une petite place. Je sens que j’ai mes règles alors je cherche des toilettes, les toilettes du restaurant sont complètes, Hamidine m’accompagne vers ceux du casino mais à l’entrée on me demande mes papiers d’identité, je me sens idiote je ne les ai pas alors on retourne au restaurant. Les toilettes du restaurant se libèrent, je cherche mes serviettes dans mon sac à main. Je relève la tête et je vois des gens arriver en masse, en courant, en criant qu’un camion fonce dans la foule et tue des gens. Je pense à un fou du 14 juillet, j’ai toujours eu cette hantise : un homme ivre qui tue des gens dans une foule. Je ne sais pas pourquoi mais je passe derrière le bar et je sers de l’eau aux gens. Les gens viennent vers le bar, une dame blonde me demande de l’aide pour sa mère, je vais la voir et lui sert une carafe d’eau. Je demande au serveur si ça ne le dérange pas, il semble paniqué et me dit oui. Je retourne au bar, un homme arrive et me dit que sa femme va accoucher, je prends une carafe d’eau et je vais vers lui, là je vois un garçon blond qui répète sans s’arrêter « je ne veux pas mourir, je ne veux pas mourir » je ne comprends toujours pas la gravité de la situation, je le prends dans mes bras et je luis dis qu’il ne va pas mourir, à côté de lui un petit brun pleure également, je lui caresse le bras quand une foule encore plus importante arrive en courant et en hurlant « ça tire » « il y a des coups de feu » « c’est un attentat » je vois Denis de loin qui me cherche, il vient vers moi, pour me récupérer, pour fuir ensemble. Je vais vers un mur mais c’est sans issue, je vois une jeune fille paniquée, on tente de la réconforter, Hamidine vient vers nous, lui et Denis disent aux gens de marcher lentement, de se calmer, moi je répète en boucle « qu’est ce qui se passe, qu’est-ce qu’on fait ? » « qu’est-ce qui se passe, qu’est-ce qu’on fait ? » Hamidine repart vers l’extérieur, vers la promenade. Avec Denis nous fuyons, un cuisinier nous aide, il nous propose de nous réfugier dans la cuisine mais il faut passer par un espèce d’ascenseur, un minuscule passe-plat, je refuse. Nous marchons rapidement et traversons la salle du casino, j’ai l’idée de prendre une chaise pour la fracasser sur la tête du terroriste, je pense à ce moment précis, que des hommes sont sortis du camion et tirent sur les gens, puis je vois un verre avec à l’intérieur une bougie allumée, j’ai l’idée de le prendre pour le briser sur la tête du terroriste et l’enflammer. Je fais part de mon projet à Denis, qui me dit « non » l’air surpris de mon idée saugrenue. Nous sortons du casino, nous demandons des renseignements à un agent de sécurité, il nous dit que l’on peut sortir par cette issue, on lui demande si il vaut mieux que l’on sorte ou que l’on reste, il nous dit qu’il ne sait pas, il ne sait pas si il y a des terroristes, si ils sont dans le casino ou dans la rue. Denis décide de sortir, je veux me refugier chez quelqu’un, je ne me sens pas à l’abri dehors. Dans une entrée d’immeuble, il y a un groupe de jeunes filles en état de choc, elles reviennent de la promenade, elles pleurent, je ne sais pas quoi faire. Nous repartons dans la rue, je veux toujours être à l’abri chez quelqu’un donc nous entrons dans un restaurant. C’est une pizzéria, il y a un jeune serveur et deux serveuses. Deux jeunes filles sont là, en larmes, en panique. On demande au restaurateur de tout fermer, on ne se sent pas là l’abri. Denis regarde les informations sur son téléphone, ils commencent à parler d’attentat à Nice mais aussi d’une prise d’otage à l’hôtel Méridien, nous sommes juste à côté, j’ai peur qu’une bombe éclate. J’ai mal au dos, à la nuque, je dois enlever mon soutien-gorge car j’ai trop mal à la poitrine. Je commence à méditer, je suis bouddhiste, je me surprends à faire ma prise de refuge en tibétain à haute voix, mais ça me fait du bien. Au moindre bruit les filles pleurent et paniquent, on ne sait pas ce qui se passe. Le jeune homme est tout le temps au téléphone et il a l’air stressé, il parle une autre langue alors on ne comprend rien à ce qu’il dit. Les minutes passent qui semblent des heures, mon téléphone sonne, mon père a une voix d’outre-tombe, il me demande de mes nouvelles, je le rassure mais je ne peux pas lui en dire plus, en fait je ne sais pas ce qui se passe, je suis en panique, j’ai mal partout, c’est l’horreur. Je commence à réaliser que je suis dans un attentat comme tous ces gens à Paris auxquels j’ai tant pensé en novembre dernier. Ce n’est pas possible, on ne peut pas être dans un attentat. Mon cerveau est comme figé, je me sens mal, j’ai peur, j’ai mal partout, mon corps est endolori. Denis m’embrasse, me prend dans ses bras, il est là prévenant, il a l’air de tenir le choc, il est calme. Je vais aux toilettes, j’ai effectivement mes règles. Je reviens quelques minutes après et là je me vide, j’ai une diarrhée comme si j’étais vraiment malade. L’odeur est infecte dans le restaurant, j’ai un peu honte mais c’est tellement mineur par rapport à la situation que l’on vit. Plus tard, le médecin m’expliquera que tous ces symptômes sont typiques de la survie (diaphragme qui remonte, diarrhée, nuque et dos bloqué).

Le serveur est de plus en plus stressé, sa mère arrive au restaurant. Un homme entre, en colère, il veut que l’on parte, on refuse, il insiste, je lui dis que nous ne pouvons pas partir du restaurant que nous ne savons pas ce qui se passe ni où aller.

Il insiste, il prend le téléphone des mains de Denis et sort avec pour nous obliger à sortir, il hurle, on dirait un fou. J’ai le malheur à ce moment là de lui dire qu’il ne peut pas nous virer, qu’il s’agit de non-assistance à personne en danger, cela le met dans une rage folle, il crie à nouveau, je parviens à récupérer le téléphone en promettant de partir. Nous nous retrouvons, Denis, moi et les deux jeunes filles, dans la rue désemparés, nous entrons précipitamment dans un hall. Il fait noir, nous avons toujours aussi peur. Je décide de frapper à une porte pour nous mettre à l’abri mais pas de réponses. Deux jeunes filles arrivent, on leur demande de l’aide mais elles habitent un studio trop petit pour nous héberger. Je trouve cela étrange, dans ces circonstances j’accueillerais sans sourciller. Elles redescendent avec de l’eau. Entre temps, les deux jeunes filles ont réussi à joindre le propriétaire de l’appartement qu’elles ont loué, il accepte de venir les chercher, elles veulent que l’on vienne avec elles, on hésite, j’ai peur de traverser Nice. Finalement, le proprio refuse de nous prendre, les filles partent horrifiées de nous laisser au bord de la route. Je rentre dans un autre bâtiment, déterminée à trouver un abri. Une jeune femme arrive, elle était dans un bar et elle a réussi à rentrer chez elle, je lui dis que je veux aller chez elle, elle est ok, elle me précise qu’elle habite au 6ème sans ascenseur. Finalement, Denis veut rentrer, j’accepte, je suis épuisée. Nous sortons, je vois des hommes avec des téléphones que je prends pour des armes, je panique, je vois une voiture de police, cela me rassure mais le policier nous vise avec son pistolet puis nous laisse passer, j’ai l’impression d’être dans un film, dans le Far-West, je panique complètement. L’appartement d’Hamidine est à deux kilomètres, je ne veux pas marcher jusque-là, je suis trop paniquée. J’aperçois un hôtel un peu plus loin, je veux me réfugier à l’intérieur, je n’en peux plus. La porte est fermée à clef, un homme nous ouvre, nous lui expliquons la situation, paniqués, il regarde les informations, nous lui demandons s’il lui reste une chambre, oui il en reste une à 100 euros la nuit, nous payons sans hésiter. Une dame arrive également en panique, on se prend dans les bras, elle pleure. L’homme de l’accueil nous propose un verre d’alcool pour nous remonter, je refuse, j’ai l’impression que si je bois un verre, je tombe par terre. Je lui demande une tisane, cela m’apaise un peu et surtout je l’espère, va m’aider à trouver le sommeil. Nous montons dans la chambre, hagards, encore sous le choc de cette soirée cauchemardesque, j’ai l’impression d’avoir la gueule de bois, sans avoir bu une goutte d’alcool. Nous allumons la télé dans la chambre et nous regardons BFM TV, je déteste ces chaines d’infos, alarmistes mais j’ai envie de savoir ce qui se passe car les événements sont toujours flous dans ma tête. Je me douche, l’eau chaude coule et me réconforte un peu mais je n’ai aucune affaire, je dors avec quelques vêtements portés toute la soirée. Denis a expliqué notre situation sur facebook, nous avons de nombreux messages de soutien, je prends le temps de les lire et cela me réconforte vraiment. J’ai cette sensation que seules l’amour et la compassion peuvent nous guérir de ce type d’événement. Denis veut regarder les infos, il n’arrive plus à décrocher, il est 3 heures du matin et j’ai envie de dormir. Nous éteignons la télé, ils annoncent de nombreux morts, je n’arrive pas à croire qu’à quelques mètres de nous des gens sont morts, que les gens qui remontaient comme nous la promenade des Anglais, ont été percutés et tués par le camion. C’est inimaginable, horrible, il n’y a pas de mots pour décrire ce que je ressens, mélange de terreur, d’angoisse et d’irréalité. Je dors d’un sommeil très agité mais vers 5 heures je me réveille, j’allume la télé pour savoir ce qui se passe, le nombre de morts augmente, c’est horrible. Je me rendors péniblement, Denis dort mais je sens qu’il n’est pas tranquille. Nous nous réveillons vers 8 heures, j’ai hâte de quitter la chambre, de quitter Nice. Nous devions partir ce matin et continuer nos vacances dans l’Aude. Je ne sais pas si Denis est capable de conduire, moi j’en serais incapable. Nous quittons la chambre, il y a un grand ciel bleu.


La ville est magnifique en ce 15 juillet 2016 mais tout a changé. Je ne suis pas tranquille, j’ai peur, j’avance mais je ne suis pas à l’aise. Nous traversons les deux kilomètres qui nous séparent de chez Hamidine, la place Massena est pleine de soldats, de policiers. Nous marchons, les gens ont l’air sous le choc, on se regarde tous sans un mot dans la stupeur générale. Nous arrivons vers le vieux Nice, un couple près de nous attire mon attention, une jeune femme est au téléphone et elle pleure, très fort, elle apprend visiblement une très mauvaise nouvelle, son compagnon est près d’elle, on le sent triste, impuissant. J’ai envie de la prendre dans mes bras, de la réconforter mais nous passons en la regardant avec compassion. Nous nous arrêtons à une boulangerie, le silence est pesant, nous commandons nos chocolatines et nos boissons en prenant soin d’en prendre pour Hamidine qui a vécu une nuit très éprouvante au plus près des victimes. Nous arrivons chez lui, la télé est allumée, il dort à moitié, il a effectivement passé une nuit horrible à aider les victimes, à apporter de l’eau, des draps. Quel courage ! Nous décidons de partir mais je lui demande s’il a besoin que nous restions, il me dit que c’est bon. Il a un déplacement professionnel quelques jours plus tard. Nous descendons toutes nos affaires, à la télé je commence à entendre les politiques se rejeter la faute. Je n’ai absolument pas besoin d’entendre cela, j’ai besoin qu’ils parlent des victimes, de leurs familles, de nous, citoyens qui avons vécu cette horreur. Il n’y a même plus ce temps de recueillement, de respect : les hommes politiques ont vraiment perdu tout sens moral. Bien sur que j’ai envie de savoir ce qui s’est passé, à qui la faute ? Est- ce que nous avons été assez protégé ? Moi qui avais accueilli avec joie la fin de l’état d’urgence, je me rends compte que le chemin va être encore très long. Nous descendons dans le parking, ce parking dans lequel j’étais si heureuse d’arriver quelques jours avant, abrite la voiture qui va me libérer de cet enfer. J’ai envie de partir, d’oublier, de faire comme si tout cela n’avait jamais existé. C’est étrange, Nice signifiait pour moi, la beauté, l’amusement, j’aime tellement la baie des Anges j’espère qu’un jour j’arriverais à nouveau à ressentir Nice ainsi. Nous quittons la ville, il y a des embouteillages. Je pense au tueur, on ne connaît pas vraiment son profil à ce moment là mais je pense à lui, à ces gens désoeuvrés, enrôlés dans des causes perdues, d’une ignorance sans nom. Je ne peux comprendre ce qui peut se tramer dans son esprit. La souffrance certainement, une grande souffrance, une terrible ignorance, de la colère, mais tout cela ne fait pas de nous des terroristes. Qu’est ce qui peut faire basculer au point de tuer des enfants ? Je ne m’en rends pas compte à ce moment-là mais la France est sous le choc, je vais rencontrer des personnes dans les semaines à venir qui semblent être parfois encore plus choquées que moi, qui était sur les lieux. Il y a une véritable onde de choc suite à cet attentat. Tuer des enfants est l’horreur absolue. Je suis sur la route, nous atteignons l’autoroute et je suis heureuse de rentrer chez moi. J’ai envie de voir ma famille, mes chats, 800 kilomètres nous séparent de la maison et j’ai l’impression que c’est le bout du monde. Nous avons décidé d’écourter nos vacances dans l’Aude, nous n’y ferons qu’une escale ce soir, à Gruissan comme à l’aller. Nous nous arrêtons au Mac Do sur l’autoroute, je n’aime plus le mac do, je mange peu de viande mais j’ai besoin de gras, de viande, de me remplir. La radio parle des attentats en boucle, mais la vie ici semble normale, des parents disputent leurs enfants et j’ai envie de leur hurler « des parents ont perdu leurs enfants hier soir, profitez de vos enfants au lieu de crier pour rien » Tout est disproportionné, à ce moment là j’ai l’impression que je n’aurai plus jamais une vie normale, que je ne pourrai plus jamais avoir des sentiments raisonnés. Je suis déjà en thérapie EMDR avec Emilie Michaux à cause de nombreux traumatismes et notamment une attaque à main armée et je pense à l'appeler afin de bénéficier d’une séance en urgence en rentrant. J’ai le sentiment que nous devons faire cette séance très rapidement et que les choses pourront rentrer dans l’ordre. J’envoie un simple texto, laconique : « Bonjour, nous sommes à Nice, témoins de l’attentat, on part aujourd’hui auriez-vous un créneau lundi ou cette semaine pour nous faire une séance d’EMDR chacun, je pense que nous en aurons besoin, bien à vous … ». Quelques heures plus tard je reçois un message vocal avec des consignes à respecter, nous les appliquons à la lettre et c’est un grand réconfort d’entendre sa voix, de savoir que nous allons être pris en charge. Nous roulons, nous écoutons la radio, les infos, nous avons besoin de comprendre ce qui s’est passé. Nous arrivons à Gruissan sous un beau soleil, les gens sont sur le Port, à la piscine, à la plage : des vacances normales. Je me sens toujours en gueule de bois, choquée, mal en point. Nous allons au restaurant, nous avions repéré un bon resto à l’aller, Nous y allons, le patron n’a plus de place, il ne fait que du frais et a un nombre limité de couverts, c’est un gage de qualité mais nous sommes désolés de ne pas pouvoir diner là car c’est exactement le type de repas dont nous avons besoin. On a envie de lui crier « on est rescapé de l’attentat de Nice » mais on ne le fait pas bien sur. Nous allons dans le restaurant d’à côté, nous mangeons avec peu d’appétit, nous buvons un verre, attablés à une terrasse, un soir d’été mais le cœur gros, le cœur lourd.

Le lendemain, nous rentrons à la maison, lorsque je vois le panneau Dax, je ressens une immense joie. Nous arrivons à la maison, je vois mes petites chattes et je fonds en larmes. Je n’ai jamais été aussi heureuse de les voir, je les prends dans mes bras et je pleure, elles doivent me prendre pour une folle. Je fais le ménage, j’ai besoin que la maison soit propre. Le soir nous allons manger chez mes parents. La vie semble normale tout à coup mais dès que j’allume la télé ou que je vais sur le Net, la terrible réalité apparait à nouveau. Nous mangeons dehors, c’est une belle soirée d’été, nous racontons ce qui s’est passé et ça fait du bien, ça doit être horrible pour eux d’écouter ce récit. Dans la soirée, j’apprends que le petit Killian que son père recherchait est mort et je pleure. Je ne sais pas pourquoi mais son histoire m’a particulièrement touchée, nous avions l’espoir que parmi ce cauchemar un peu de bonheur pourrait survenir mais non, il est mort. Toute ma compassion profonde va vers ce père de famille (j’ai appris pendant l’été 2020 qu’il était mort de chagrin) et toutes les familles de victimes. La semaine suivante, la vie a repris son cours mais pas une vie normale, une vie ponctuée de rdv médicaux : médecins, ostéopathe, EMDR, notre corps et notre tête sont en vrac.

Denis est plus touché que moi physiquement, il a le dos en compote, moi j’ai mal à la poitrine, au dos, à la nuque et j’ai développé une allergie à un moustique, j’ai le pied enflé. Le corps est encore sous le choc. Tous les professionnels rencontrés m’ont expliqué que mon corps et mon cerveau ont réagi à ce que je pensais qui se passait : à savoir que nous étions attaqués comme au Bataclan par des hommes armés qui voulaient nous tuer. L’instinct de survie, les souffrances du corps sont relatives à cette croyance, finalement il n’en n’était rien car dès que le camion a été stoppé il n’y avait plus de danger, mais nous ne le savions pas et notre calvaire a duré plusieurs heures. J’ai avancé ma cure thermale, le médecin a pensé que ce serait une bonne chose pour me remettre, j’ai donc débuté ma cure thermale le 25 juillet 2016.

S’en est suivi un travail de reconstruction mais surtout des changements radicaux dans ma vie. Je n’ai pas repris mon travail de prof, (j’étais contractuelle depuis 8 ans) et j’ai arrêté d’enseigner la communication dans l’école de design, à la place je me suis lancée, afin de faire ce que je veux réellement faire, à savoir aider les autres et créer du bonheur. Ainsi, en septembre 2016, j'ai vécu avec 1000 euros par mois : avec mon chômage pour développer mon projet qui deviendra "L'intelligence du cœur". C’est dur, il faut avoir confiance mais avoir été confrontée à la mort, avoir vécu cette horreur de près me pousse à vivre intensément ma vie. Je suis désormais formatrice, accompagnante et conférencière et toutes mes activités sont en lien avec la cessation de la souffrance et la recherche du bonheur. Noël est vite arrivé, j’allais mieux, je fais quelque fois des cauchemars mais dans l’ensemble je ne me sens pas trop mal.


Malheureusement, lundi 19 décembre, il y a eu l’attentat de Berlin avec le même procédé qui m’a ébranlée et plongée dans un grand stress. J’ai pris l’apéro toute la semaine sous couvert des fêtes et j’ai même été malade le 24 décembre au soir (qui est accessoirement le jour de mon anniversaire). Tout cela m’a permis de constater que l’on ne se remet jamais complètement de ce type d’expérience, on vit avec. Pour autant, je suis déterminée à être heureuse, à vivre ma vie, à rester proche des autres. J’en rêvais depuis longtemps, je l’ai enfin fait : j’ai distribué des repas à des personnes en difficulté pendant les fêtes. Dans quelques jours, je vais réaliser un autre rêve : je vais présenter ma première conférence publique sur le thème du bonheur et je vais bientôt animer des ateliers solidaires pour aider des personnes en difficulté, à retrouver du travail, l’estime de soi, la confiance. Je gagne toujours peu mais je suis heureuse, je développe mes projets et je connais la valeur de la vie. J’ai envie de la partager, c’est ce que je viens de faire avec vous qui avez pris le temps de me lire, alors un grand merci à vous !

Tous ces beaux projets ont été chamboulés par la plus belle des nouvelles, après 12 ans d’attente, plusieurs traitements médicamenteux, 8 inséminations, 2 FIV et plusieurs fausses couches, j’apprends le 30 janvier 2017 que je suis enceinte d’un mois. Alors que l’on m’avait déclarée en ménopause. A 40 ans je vais réaliser le rêve de ma vie : avoir mon bébé… Je ne peux évidemment pas m’empêcher comme vous, je l’imagine, de mettre cette grossesse magique en lien avec l’attentat, la vie est faite d’épreuves et de bonheur et cette grossesse est la preuve du bonheur !

Depuis le 17 août 2017, Inaë illumine ma vie et je savoure chaque jour ma chance.

Aujourd'hui, 5 ans après, je souhaite rendre hommage à toutes ces personnes qui ont perdu la vie, à ces anges, à jamais dans mes pensées et dans mon cœur.


Merci la vie !

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